Sucker love

J’ai souvent présenté mes excuses, souvent demandé pardon, finalement sans réelle raison. Parce qu’après tout, je ne devrais pas avoir à m’en vouloir moi que Jules ait été voir ailleurs…
J’ai demandé pardon de ne pas être à la hauteur, de ne pas en faire assez. D’en faire trop, de ne pas être à la hauteur (encore). De ne pas être Elle, d’être moi.
J’ai présenté des excuses de m’être trop attachée, de ne pas l’avoir été assez. D’avoir simulé, pendant qu’on baisait. Et quand je disais je t’aime.
J’ai prié (oui oui à ma façon, je prie, souvent même) que jamais aucun ne sache réellement pourquoi je demandais pardon, et d’autre même, que je leur présentais des excuses.
J’ai rarement eu besoin de qui que ce soit. J’ai toujours envisagé mon avenir, seule. Même étant gamine. Quand j’y réfléchis, j’ai rêvé d’aller à la fac, d’avoir un appart, un téléphone, des soirées folles, des weekends lointains et parler plusieurs langues. Être chez moi partout où j’irai avec un carnet, un appareil photo et la possibilité de faire une carrière brillante, ou du moins passionnante, qui me passionnerait. Je n’ai jamais rêvé dans ces moments là qu’un bonhomme m’annoncerait « je suis muté à Tombouktou, tu me suis? » « je t’aime, faisons une tripoté de gosses, être maman va te rendre radieuse ».
Nan. Et en vieillissant je n’ai pas plus rêvé de ça. Quand j’ai commencé à réaliser que je n’étais pas asexuée, j’ai rêvé de relation(s?) passionnée(s), tout en conservant tout ce que je m’imaginais avant, mais juste avec des explosions, des plaquages contre le mur, des endroits insolites, des surprises.
Et plutôt que des déceptions, des fins aussi passionnées que les baisers : »je t’aime mais objectivement, cette relation ne peut durer ». S’en aller. Ne pas se douter (soucier ?) d’avoir marqué l’autre à vie. Amour éternel prenait un sens nettement plus terre à terre (autant que possible), à l’époque mon égo devait être encore intact et énorme.
Premier copain. Première déception. on plongerait presque dans le mélo dramatique là, genre « et puis après les rêves de ptite fille, contacts avec les mecs, le sexe, la drogue, l’alcool, la dépression… »
Nan. Un mec ce n’est pas fiable. Je le suis encore moins. Le lycée a été une époque bâtarde.
L’adolescent n’est intéressant que quand il a plus de 130 de QI. A 130 de QI n’importe qui deviens un cas soc, se pose trop de question. Il faut fuir.
Fin du lycée. Il a encore fallu un an vraiment pour en sortir. J’ai presque mis en application mes idées de gamine, le sexe en plus. Les « jeunes adultes » en plus, les « on dit ». Les coincés du cul, les frustrés. Les mégères, les grandes gueules…
En fait les Gens. Ça, je ne l’avais pas prévu. Narcissique comme gamine déjà…

Et puis hop, une sorte de montée de niveau d’un coup. Une autre vie, une expérience parmi toutes les autres : testons la vie de couple, la vie (presque) posée, les sorties limites, un mec…

« Sucker love. »

C’est exactement ça : osciller constamment entre les fantasmes d’une gamine indépendante et les
fantasmes de rentrer dans le rang. D’être « comme il faut », et présenter Jules à Papa.
C’est essayer de se mentir à soit même constamment : non je n’ai besoin de personne c’est juste que ça me plait comme ça. Tout en stressant qu’une bite avec un mec au bout n’apprécie pas vos chaussures, votre nouvelle robe… C’est aussi essayer de croire le dimanche matin, la gueule enfarinée au moment du coït matinal avant d’aller faire le marché qu’avec Jules c’est formidable. Que ça sera pour la vie à n’en pas douter alors qu’on ne rêve que d’une chose, refaire la bringue « comme avant ». L’envoyer chier, lui avouer enfin que l’on ne supporte pas grand-chose chez lui.

Maintenant. Aujourd’hui. J’ai réussi certain de mes objectifs. En partie. Pas tout à fait. Je sais que je serai sûrement bientôt comme je l’imaginais gamine. Parce que ça restait le plus réaliste : seule.
Parce que la passion, ça ne marche que quand on est deux, pas seul, et encore moins à trois.
Je pensais qu’à 23 ans et 364 jours je serais… je serais… différente.
J’ai la sensation, alors que tout est censé être bien plus clair, d’être paumée plus que jamais.
Alors c’est (re)parti pour une année…

En attendant, je chantonne « Every Me And Every You » depuis une semaine.

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1 commentaire (+ vous participez ?)

  1. Princess*
    Avr 20, 2010 @ 23:16:26

    Prévoir sa vie seule c’est beaucoup plus facile et beaucoup plus rassurant parce qu’on sait toujours ce qu’il y a dans notre tête et ça limite le nombre d’inconnues et donc de déconvenues…

    (Je dis ça mais je fais la même en couleur et pourtant…)

    Réponse

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