Boite de Pandore {Acte 1} : banalité et réseaux sociaux

J’ai développé ces dernières années un goût prononcé pour les réseaux sociaux. Comme beaucoup de monde certes, mais pas spécialement pour la sensation bisounours d’avoir des centaines d’amis ou de ne jamais perdre le contact avec des gens auxquels je réponds invariablement un «peut-être» pour leur énième invitation à une soirée à laquelle je n’irai évidemment pas. Non, les réseaux sociaux m’ont simplifié la vie. J’ai toujours adoré fouiner partout. Je perds des heures à lire des profils, regarder des photos de gens qui m’intéressent plus ou moins. Je me demande parfois s’il n’y a pas quelque chose de malsain à chercher sur le net, grâce aux infos trouvées sur des réseaux sociaux, des morceaux de vie, se faire une idée sur les personnes…
Ainsi, une personne que je rencontre une fois et qui me marque un minimum ou m’agace prodigieusement (les deux n’étant pas incompatibles) peut avoir la certitude que le lendemain je ferai des fouilles dans le bordel du net pour savoir un peu plus sur sa misérable existence. Cela me permettant généralement de confirmer ma première impression : tu ne m’intéresseras jamais, mais qui sait peut-être un jour seras-tu utile ?

Bon ça a d’autres effets hein. Je soigne maintenant une certaine paranoïa plus ou moins justifiée grâce à mes petites balades (ou l’amplifie au choix), je deviens amie/discute avec des gens à des fins parfois uniquement stratégiques. C’est méchant. Mais pas tant que ça. C’est le jeu ma brave Lucette, on fait quelque part tous çà, plus ou moins assumé…
D’ailleurs on tient là autre chose… oui. Bon sans me lancer dans une grande autobiographie qui serait pourtant surement plus intéressante que le dernier BHL, j’étais une petite fille…atypique. Particulière. En tout cas, si on est pourtant presque nombreux dans mon genre on était/est suffisamment éparpillé pour avoir la sensation d’être unique. Non pas que j’en tirais une joie quelconque, bien au contraire, mais aujourd’hui cette particularité me manque. Elle me manque quand dans mes «petites découvertes des joies du manque d’attentions aux règles de survie de la vie privée sur internet», quand je relis les même profils, que je lis des choses que j’ai écrite/dites/aurait pu écrire. Quand je me rends compte que quelque part je ne suis plus la petite fille différente.
Je devrais surement bondir de joie. Après tout c’est ce que j’ai toujours demandé, voulu être.
Mais maintenant. J’ai la sensation d’être vide, insipide, sans aucune profondeur. Je vis mal ce côté fade. Il me rassure. Je pleure sur commande, je pleure pour la moindre petite mésaventure de fille. Il y a quelques années la seule chose qui pouvait me pousser à pleurer c’était une belle crise de rage, ou à la limite je le concède une prodigieuse crise d’angoisse.
Les choses ont vraiment beaucoup changé. Mais je conserve ce sens presque critique. Un sens de l’observation. Je sais ce qui ne va pas, ce qui est pathétique en moi. Je n’y change rien. Des années de travail pour en arriver là.
Je viens de finir de regarder la première saison de Dexter. Pas très original me direz-vous. Certes. Mais je suis contente qu’une série me parle. Je suis contente de comprendre ce qu’il entend par « à force de faire semblant, on finit surement par devenir normal».
J’ai perdu le contrôle. Je ne suis plus qu’une pure copie de milliers (de millions) d’autres jeunes femmes de 24 ans, vivant dans un pays du nord, de la middle class. Je regarde des séries qui se ressemblent, je fantasme la vie de princesses hollywoodiennes, je fais parfois du sport, calcule mon IMC plus d’une fois par an, j’ai des amis pédés à qui je me confie, j’aime le Starbuck même si je le sais dangereux pour ma santé, j’adore la bouffe asiatique à commencer par des restaurants japonais tenus par des chinois exaspérés, je pars en weekend entre trois et sept fois par an avec des copains, je me mets des races en jurant que je ne recommencerais pas, je sors avec des mecs qui ressemblent à mon ex, je sors avec des mecs qui ressemblent aux ex de mes amies, je ne sors pas avec mes potes amoureux, je préfère qu’on reste amis, coucher gâcherait tout, certaines personnes me manquent, je suis amoureuse d’un ex avec qui je ne me remettrai jamais, j’aime entendre que je plais et qu’on m’aime, je n’aime pas les méchants pédophiles, je trouve qu’un monde où tout le monde s’aime serait idéal, mais je sais que ce n’est pas possible, en plus moi je n’aime pas Gertrude, pourtant je ne la connais pas. Je suis sûre qu’elle aussi est comme moi, qu’elle aime Gossip girl, qu’elle adore aller au Starbuck avec ses copines, qu’elle adore sortir, voyager, visiter de nouvelles villes, aller chez le coiffeur, HIMYM, Californication, et que comme moi elle fantasme sur le personnage merveilleux de Blair Waldorf et de sa toute aussi merveilleuse histoire mal barrée avec Chuck… Toutes ces choses que j’ai pu lire sur son profil sur les différents sites des rencontres ou réseaux sociaux où j’ai pu la retrouver…toutes ces choses qu’on peut trouver sur les miens.
Bref elle aussi est une jeune fille d’un pays du nord qui respecte parfaitement le moule imposé mais non pas inutile.

Je me perds un peu.

Pendant des années mon manque de confiance s’est basé sur mon incapacité à me comporter normalement, à être vue comme normale, aujourd’hui je réalise que c’est mon coté parfaitement banal qui me fait perdre tout moyen. Évidemment pour rajouter un peu de piquant aux doutes qui m’habitent j’ai peur que mon coté anormal, qui malgré tout n’est pas si loin voire pas si bien caché ne ressorte trop, fasse fuir ou pire qu’il ne soit lui aussi finalement que quelque chose de banal, et que Gertrude ou n’importe quelle «amie d’ami» ressente exactement la même chose.
Je tourne en rond.
Alors je crois que comme dirait un groupe des plus intéressants : « We’re fated to pretend». (MGMT – Time To Pretend en video)

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