Quand les magazines « feminins » parlent de « feminisme » Ep01 – « Sexy mais pas soumises »

105 ans et un jour après une des plus grandes manifs des suffragettes de Londres, le féminisme est devenue un sujet à la mode. Je dirais presque que l’on peut remercier les femens pour avoir mis sur le devant de la scène un mouvement indispensable à l’évolution de nos société… Si seulement. Elles ont ouverte un « débat » sur ce à quoi doit ou non ressembler le féminisme, mis d’accord sur le fait que finalement le féminisme est pluriel mais ont aussi poussé à l’émergence de mouvement pensant le féminisme comme une « idée » féminine (cf pour plus tard les Antigones)

Avec toute la publicité dont elles profitent, c’est sans surprise qu’on les retrouve dans la presse féminine. Après avoir dépensé moins d’une dizaine d’euros, je suis l’heureuse propriétaire de Biba, Cosmo et autres Marie-Claire de juin/juillet qui ont tous pour « particularité » de parler de féminisme. Alors me voilà une idée. Je vous évite ou vous conseille, (si ça se trouve tout n’est pas à jeter, soyons optimistes) la lecture d’articles et en prime j’irais de mon humble analyse de féministe.

Aujourd’hui c’est le Marie Clair de juin que j’ouvre. Sous l’accroche en première page « Sexy mais pas soumise, vive le nouveau féminisme ! » je m’attendais à un article sur le strip tease ou quelque chose du genre. Que nenni. Aujourd’hui on ne parle plus de féminisme sans les Femens et c’est donc sur une double page qu’on peut voir la petite poitrine de Inna Schevchenco et son super tatouage sur un corps parfait de mannequin.

L’intro nous vend du rêve : nouvelle génération d’insoumises, Slut Walk et pour problématique : « Comment conjuguer une vie de femme qui a envie de plaire et un « ras le bol du sexisme » ?». Si la question pourrait sembler intéressante pour une ado en recherche d’identité (et encore) après quelques années à fréquenter les milieux féministes je me demande si on ne me vend pas un peu du vent : en quoi mon envie de plaire pourrait être sexiste ? Mon comportement, mes fringues et mon coté sexy seraient incompatibles avec l’anti-sexisme ?

 Je suis bonne joueuse, je continue ma lecture.

Si l’auteur pose la question pertinente de la possibilité de s’identifier aux femens « bombes à petits seins nus » elle semble ne pas avoir été très loin pour trouver ses témoins.

Quand j’apprends que ce sont les femens qui ont attaqués les idées reçues sur le féminisme je suis un peu surprise. Alors oui elles ont fait la pub de leur façon de militer mais l’idée que la féministe n’est pas une lesbienne-hétéro frustrées-camionneuse pleine de haine envers les hommes était oubliée depuis un moment, non ?

Le premier témoignage, d’une nouvelle femen, me laisse un peu pantoise : elle ne s’interdit rien au nom de ses idées, sexuellement parlant. J’en déduis un truc qui me rappelle un peu les abolos (rappelez vous c’est eux) : toutes les pratiques sexuelles consenties ne sont pas féministes? En temps que féministe « classique » (aka pas-femen-pour-un-sous-ou-même-un-million) je devrais me frustrer. Soit. Pourtant ce que cette jeune femme oublie de dire c’est que si si, les femens interdisent certaines pratiques au nom de la liberté de la femme : pas de prostitution, pas de porno… Une femme doit disposer de son corps mais n’a pas le doit de « le vendre »(donc d’en disposer). Contradiction dites vous ?

La suivante, pourtant élève de Sciences Po, nous explique qu’elle ne sait pas comment se comporter pour séduire : être elle même, féministe, au risque de faire peur, ou se montrer soumise et douce…J’ai peur. Cela me rappelle ma mère, issue d’une autre culture, d’une autre génération qui me disait un temps « tu vas faire fuir les hommes, ils ont peur des femmes trop sures d’elles, engagées bla bla bla soumets toi bla bla bla finir vieille fille ». Alors oui, parfois certains sont un peu des abrutis sexistes…mais heuuu on ne devrait pas se dire que tant mieux ? Si Brandon est mignon mais super sexiste, est-ce triste de ne pas aller plus loin ?

Je ne m’attarde pas trop sur le moment ou une grande génie dit qu’elle ne renoncera pas à ses idées pour un homme comme elle « ne deviendrait pas raciste ou végétarienne ». C’est vraiment trop grave les végétariens pour en parler ici. Leurs victimes aujourd’hui souffrent dans l’indifférence générale… non c’est trop triste.

Une autre nous explique ne pas s’épiler parce qu’elle a autre chose à faire de plus intéressant, ok, mais que ne pas s’épiler n’est pas synonyme d’émancipation selon elle. Pourquoi je vous parle de ce passage ? La question est : pourquoi nous dit elle ça ? Pour rien. Comme ça.

L’article nous dit alors que ces néo-féministes ne se privent pas pour jouer avec la mode. Bien que, là encore, il est question des positions de chacune quant à suivre ou non la mode, est-ce que cela veut dire qu’une fois encore la féministe, pour l’être vraiment, doit porter un sac à patate?

Dommage, peu développé : l’auteur via une blogueuse pose la question : Est ce que ce que je fais je le fais vraiment parce que ça me plait ou parce que je me l’autosuggére ? Parce qu’on me l’impose doucement ? La fin de l’article est plus intéressante, s’il attaque la question de femmes dans les cités, il développe sur le monde du travail et interroge l’organisatrice de la Slut Walk Paris. D’ailleurs, au long des pages on trouve des photos de ces marches qui luttent entre autre contre l’idée qu’un décolleté ou une mini jupe est un appel au viol. On trouve un encart du philosophe Bernard Andrieu plutôt pas mal et un autre de l’auteur sur le livre « Sexy féminisme » pas mal non plus.

Finalement l’article aurait pu être pas mal fait s’il ne prenait pas les femens comme références du « nouveau » féminisme (elles ne représentent qu’elles-mêmes) et si les témoignages donnaient un peu moins dans le primaire.

Je ne me permettrais pas d’y mettre une note, mais je serais curieuse d’avoir d’autres avis que le mien. Donc je vous invite à lire le Marie Claire 730 du mois de juin 2013.

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