Lever le voile sur les agressions

D’éducation musulmane il m’est assez compliqué d’entendre les commentaires sur les deux agressions de femmes voilées sans avoir un certain tiraillement interne.

Élevée par un musulman en France, mes cheveux sont une de mes plus grosses dépenses. Un gouffre financier que je ne cacherais pour rien au monde. Surement que ce manque d’envie de les cacher vient du fait qu’on m’ait expliqué que l’islam ne m’imposait cela que lors de la prière. On m’a aussi élevé dans l’idée que cacher les femmes était une pratique sexiste. Pourtant celui qui me l’a appris est un homme qui fait ses 5 prières par jours, apprises à l’école coranique.

Il est évident que ces actes sont condamnables, qu’une agression sur qui que ce soit, vêtu de quelque façon que ce soit, est affreuse. Et pour moi, qui voit ce voile comme un objet d’oppression, c’est faire violence à des victimes déjà souffrantes.

Pourtant dans les commentaires qui défilent, aujourd’hui pour ces agressions mais avant déjà dans des discussions avec des gens, féministes, anti-racistes, dont je partage les valeurs, ce sujet me gène. On me parle d’un choix religieux, là ou il n’y a aucune obligation religieuse. Cette pratique tire sa force de la méconnaissance d’une religion dont le livre sacré explique qu’il vient parfaire les religions monothéistes, apportant l’évolution indispensable à la religion pour qu’elle puisse être adaptée aux Hommes. Alors quand bien même le voile en 622 pour des raisons de pudeur, de sexualité et de sexisme était d’actualité, il paraît possible que sa disparition soit une évolution naturelle, comme elle l’a été dans le monde chrétien où plus aucune femme ne se voile ou dans le monde juif ou il est souvent remplacé par des perruques.

L’idée de cacher la femme parce qu’elle est un objet de désir montre la suprématie de l’homme mais aussi sa bassesse : il ne peut se maitriser à la vue d’une femme ?

Et cette femme-objet, si elle ne se cache pas des hommes, elle se cache alors d’un dieu qui l’a créée dans son ensemble, et sans vouloir blasphémer : un dieu qui crée un organes uniquement voué au plaisir féminin en a t-il quelque chose à faire qu’une femme lui cache ses cheveux ?

Mon père aimerait que je m’intéresse plus à ma religion, bien sûr, mais s’oppose fermement à l’idée qu’une de ses filles puisse un jour se voiler. C’est pour lui une preuve d’ignorance.

Je suis féministe, et il m’est impensable de dire qu’une femme se fait violer parce qu’elle porte une minijupe.

Aujourd’hui, malgré mon opposition à ce bout de tissu, il est tout autant impensable de dire que ces femmes se sont faites agresser à cause de leur voile, je ne réduirai pas l’importance de cette agression, je ne mettrai pas de côté son aspect sexiste pour ne voir que le racisme, je n’oserais pas mettre plus en doute leurs paroles que lorsqu’une féministe dit s’être fait agresser.

Comme toute féministe, pour ou contre le voile, je m’indignerais contre une agression barbare et ne verrait qu’un seul coupable : l’agresseur.

Et à mon très humble avis, Caroline Fourest devrait en faire de même.

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Quand les magazines « feminins » parlent de « feminisme » Ep01 – « Sexy mais pas soumises »

105 ans et un jour après une des plus grandes manifs des suffragettes de Londres, le féminisme est devenue un sujet à la mode. Je dirais presque que l’on peut remercier les femens pour avoir mis sur le devant de la scène un mouvement indispensable à l’évolution de nos société… Si seulement. Elles ont ouverte un « débat » sur ce à quoi doit ou non ressembler le féminisme, mis d’accord sur le fait que finalement le féminisme est pluriel mais ont aussi poussé à l’émergence de mouvement pensant le féminisme comme une « idée » féminine (cf pour plus tard les Antigones)

Avec toute la publicité dont elles profitent, c’est sans surprise qu’on les retrouve dans la presse féminine. Après avoir dépensé moins d’une dizaine d’euros, je suis l’heureuse propriétaire de Biba, Cosmo et autres Marie-Claire de juin/juillet qui ont tous pour « particularité » de parler de féminisme. Alors me voilà une idée. Je vous évite ou vous conseille, (si ça se trouve tout n’est pas à jeter, soyons optimistes) la lecture d’articles et en prime j’irais de mon humble analyse de féministe.

Aujourd’hui c’est le Marie Clair de juin que j’ouvre. Sous l’accroche en première page « Sexy mais pas soumise, vive le nouveau féminisme ! » je m’attendais à un article sur le strip tease ou quelque chose du genre. Que nenni. Aujourd’hui on ne parle plus de féminisme sans les Femens et c’est donc sur une double page qu’on peut voir la petite poitrine de Inna Schevchenco et son super tatouage sur un corps parfait de mannequin.

L’intro nous vend du rêve : nouvelle génération d’insoumises, Slut Walk et pour problématique : « Comment conjuguer une vie de femme qui a envie de plaire et un « ras le bol du sexisme » ?». Si la question pourrait sembler intéressante pour une ado en recherche d’identité (et encore) après quelques années à fréquenter les milieux féministes je me demande si on ne me vend pas un peu du vent : en quoi mon envie de plaire pourrait être sexiste ? Mon comportement, mes fringues et mon coté sexy seraient incompatibles avec l’anti-sexisme ?

 Je suis bonne joueuse, je continue ma lecture.

Si l’auteur pose la question pertinente de la possibilité de s’identifier aux femens « bombes à petits seins nus » elle semble ne pas avoir été très loin pour trouver ses témoins.

Quand j’apprends que ce sont les femens qui ont attaqués les idées reçues sur le féminisme je suis un peu surprise. Alors oui elles ont fait la pub de leur façon de militer mais l’idée que la féministe n’est pas une lesbienne-hétéro frustrées-camionneuse pleine de haine envers les hommes était oubliée depuis un moment, non ?

Le premier témoignage, d’une nouvelle femen, me laisse un peu pantoise : elle ne s’interdit rien au nom de ses idées, sexuellement parlant. J’en déduis un truc qui me rappelle un peu les abolos (rappelez vous c’est eux) : toutes les pratiques sexuelles consenties ne sont pas féministes? En temps que féministe « classique » (aka pas-femen-pour-un-sous-ou-même-un-million) je devrais me frustrer. Soit. Pourtant ce que cette jeune femme oublie de dire c’est que si si, les femens interdisent certaines pratiques au nom de la liberté de la femme : pas de prostitution, pas de porno… Une femme doit disposer de son corps mais n’a pas le doit de « le vendre »(donc d’en disposer). Contradiction dites vous ?

La suivante, pourtant élève de Sciences Po, nous explique qu’elle ne sait pas comment se comporter pour séduire : être elle même, féministe, au risque de faire peur, ou se montrer soumise et douce…J’ai peur. Cela me rappelle ma mère, issue d’une autre culture, d’une autre génération qui me disait un temps « tu vas faire fuir les hommes, ils ont peur des femmes trop sures d’elles, engagées bla bla bla soumets toi bla bla bla finir vieille fille ». Alors oui, parfois certains sont un peu des abrutis sexistes…mais heuuu on ne devrait pas se dire que tant mieux ? Si Brandon est mignon mais super sexiste, est-ce triste de ne pas aller plus loin ?

Je ne m’attarde pas trop sur le moment ou une grande génie dit qu’elle ne renoncera pas à ses idées pour un homme comme elle « ne deviendrait pas raciste ou végétarienne ». C’est vraiment trop grave les végétariens pour en parler ici. Leurs victimes aujourd’hui souffrent dans l’indifférence générale… non c’est trop triste.

Une autre nous explique ne pas s’épiler parce qu’elle a autre chose à faire de plus intéressant, ok, mais que ne pas s’épiler n’est pas synonyme d’émancipation selon elle. Pourquoi je vous parle de ce passage ? La question est : pourquoi nous dit elle ça ? Pour rien. Comme ça.

L’article nous dit alors que ces néo-féministes ne se privent pas pour jouer avec la mode. Bien que, là encore, il est question des positions de chacune quant à suivre ou non la mode, est-ce que cela veut dire qu’une fois encore la féministe, pour l’être vraiment, doit porter un sac à patate?

Dommage, peu développé : l’auteur via une blogueuse pose la question : Est ce que ce que je fais je le fais vraiment parce que ça me plait ou parce que je me l’autosuggére ? Parce qu’on me l’impose doucement ? La fin de l’article est plus intéressante, s’il attaque la question de femmes dans les cités, il développe sur le monde du travail et interroge l’organisatrice de la Slut Walk Paris. D’ailleurs, au long des pages on trouve des photos de ces marches qui luttent entre autre contre l’idée qu’un décolleté ou une mini jupe est un appel au viol. On trouve un encart du philosophe Bernard Andrieu plutôt pas mal et un autre de l’auteur sur le livre « Sexy féminisme » pas mal non plus.

Finalement l’article aurait pu être pas mal fait s’il ne prenait pas les femens comme références du « nouveau » féminisme (elles ne représentent qu’elles-mêmes) et si les témoignages donnaient un peu moins dans le primaire.

Je ne me permettrais pas d’y mettre une note, mais je serais curieuse d’avoir d’autres avis que le mien. Donc je vous invite à lire le Marie Claire 730 du mois de juin 2013.

Irlande: petit pas spectaculaire dans la législation sur l’ivg

Alors que beaucoup pensent que les combats féministes en Europe n’ont plus lieu d’être, l’Irlande nous fait la démonstration de sa nécessité et de la possibilité encore d’avancer.

Pour rappel : il y a quelques mois Savita Halappanavar, ressortissante indienne de 31 ans, dentistes, entre à l’hôpital se plaignant de douleurs, elle est alors en train de faire une fausse couche. Les médecins lui refusent l’IVG sous prétexte que le cœur du fœtus bat encore. Elle meurt quelques jours plus tard, elle était enceinte de 17 semaines.

L’Irlande est un pays catholique qui refuse encore aujourd’hui le droit à l’avortement. Un amendement constitutionnel de 1983 interdit l’IVG en toutes circonstances. En 1990 une jeune fille de 14 ans, victime d’un viol, avait contesté ce texte et la cour suprême avait alors autorisé l’avortement en cas de danger pour la vie de la mère. Cette décision n’a jamais été transposée dans la loi malgré une demande de la CEDH en 2010 de clarifier la législation.

Il est triste de devoir dire aujourd’hui que le décès de Savita Halappanavar n’aura pas servit à rien, parce qu’il est dramatique d’avoir à attendre un drame pour réagir sur de pareils sujets mais aussi parce que bien qu’énorme pour un pays qui refusait l’ivg dans tous les cas, cette loi ne permet toujours pas un choix, pas même pour une victime de viol.

Pour rappel l’IVG n’est légale en France que depuis 1975 et les associations telles que « sos-tout-petits » et autres mouvements pro-vie continuent des actions devant des hôpitaux pratiquant l’avortement.