Un renouveau de la jeunesse identitaire, une action française.

Contrairement aux nouveaux manifestants versaillais et autres sympathiques « on-est-pas-homophobe-mais » j’ai beaucoup manifesté, j’ai vu pas mal de charges de CRS, sur nous généralement, j’ai vu des CRS protéger des membres de ces mêmes groupes d’extrême droite qui aujourd’hui se placent en victime de la violence policière.

J’ai vu des CRS très en colère après des affrontement violents où certains étaient blessés.

Mais que la manif pour tous m’aura fait connaitre une chose toute nouvelle: des CRS tellement en colère qu’ils balancent des bouteilles sur la foule.

J’avoue, c’est du jamais vu.

Mais avant de sortir un très gauchiste « les CRS ça aiment ce genre de situations, la violence, être en position de force »  j’ai bien regardé et re-regardé cette vidéo tournée à la fin de la manif du 26 mai.

 

On y retrouve des choses inquiétantes pour les anciens militants de gauche qui devraient inquiéter tous les français :

Le retour de groupes qui sans cesse sont dissous en raison de leur violence, de leur haine et de leurs propos. Le slogan « France Aux Français » leur a valu le sobriquet de « FAF ». Ces fafs ce sont les gens qui adhèrent à une idéologie raciste, qui se couple généralement d’un amour un peu trop prononcé pour les théories néo nazies de race pure et d’espace vital, un sexisme assumé ( vous savez, ces questions de « nature » ) et une homophobie qui ne se dissimule plus.

Le GUD, l’Action Française, la Jeunesse Identitaire, le renouveau français… autant de groupes organisés que nos parents appelaient des « skinhead » ( Ce qui est une erreur d’ailleurs mais on expliquera ça un autre jour. ).  Ces mecs connus pour pratiquer la « ratonnade », ce sport sympathique et démontrant d’un courage tout en héroïsme : tomber sur un arabe/un pd/un noir a plusieurs.

 

 

Sur cette vidéo, les néophytes ne verront pas les signes d’une organisation effrayante: les gants en cuir: pratique pour taper ou pour utiliser des chaines pour taper. Des sweats à capuche pour se dissimuler, avec une écharpe qui en plus protège des gaz lacrymogènes. Les fumigènes, retardant la charge des CRS est surement le dispositif le plus impressionnant car oui, les grosses fumées sont l’œuvre des manifestants et non pas des CRS, les lacrymos explosant en sortant du canons libèrent une légère fumée qui se dissipe alors que le gaz se répand.

 

Mais il faut revenir aux CRS. Après des heures et plusieurs manifestations du collectif la MPT qui dégénèrent on voit un geste que jamais au grand jamais je n’avais vu de leur part : ils [r]envoient les bouteilles qui jonchent le sol vers les manifestants (09:16).

Comprenez : ils ne peuvent charger en raison des ordres. En haut-lieux on veut surement éviter les polémiques sur des charges trop violentes sur de pauvres manifestants…

Ajoutez à cela qu’ils ne peuvent avancer à l’aveuglette dans les fumigènes : visibilité zéro, le risque est trop grand pour eux comme pour les gens en face. Il ne leur reste que les boucliers et les casques pour se  protéger des bouteilles qui volent en éclats autour d’eux.

 

Je ne pensais pas défendre un jour les CRS, ni avoir la sensation de paraphraser/parodier Chirac en disant que « entre le bruit, les bouteilles, les insultes et les gaz, eh bien le pauvre CRS, à la fin de sa journée, il craque et il a un peu envie de casser du FAF. »

 

Mais attention cette presque « défense » doit se comprendre ainsi : lorsque nous manifestions pour le CPE ou la LRU nous savions les risques, nous savions ce à quoi nous nous attaquions et nous savions ou cela aller mener, la répression a été extrêmement violente et, durant le CPE par exemple, particulièrement disproportionnée. Mais la plupart du temps, en connaissance de cause, nous acceptions cette situation, ces règles du « jeu ».

Les  groupes d’extrême-droite les connaissent aussi, ils ne sont pas vierges d’affrontement avec la police. Ils ont certes bénéficié parfois de traitements de faveur, mais ce temps semble révolu. Ils le savent et n’ont plus qu’une solution : accepter les règles du jeu.

Par extension les groupes qui fricotent avec eux, ou qui en comptent aussi pour certains dans leurs membres comme la Manif Pour Tous, le PCD, le FN… doivent accepter aussi ces règles.

 

Alors cessez de nous parler de rafles, le parallèle est indigne, même de vous. D’autant plus si on se rappelle que dans les années 40 la communauté homosexuelle à été énormément touchée par les rafles, bien plus pendant que la France de Vichy collaborait.

 

La prière de rue façon Civitas: Une activité saine et laïc les veilles d’école.

J’avais envisagé de faire un léger compte rendu de la manif de dimanche (celle super sympa, sans haine, colorée et créative des pro-mariages), mais je crois que finalement je ne ferais qu’une sélection des plus belles pancartes que j’ai vues plus tard.

En attendant il fallait quand même signaler qu’outre Nicolas du chardonnet ou on nous attendait une affiche « et bientôt le mariage avec ma chèvre » pour nous rappeler que les causes LGBT ont de toute évidence plus à voir avec la SPA et 30 millions d’amis, il y a eu un autre incident sur l’autre parcours: un groupe d’individus, drapeaux français en main ont voulu bloquer la manif. ils ont été écartés par la police cependant ont pas entendu parler d’arrestation. J’aurais tendance à dire que pour moins que cela on s’est déjà retrouvé au poste pour trouble à l’ordre public…..

Mais après tout, ce genre de choses devient peu à peu une habitude pour ces militants de tous « bords » qui se déclarent si pacifistes et bon enfants (leurs manifs seraient des appels à l’amour de son prochain selon eux….-on a dit amour, pas respect ni égalité!-). Ainsi alors que les députés de la république débattent encore vers 22h le 29 janvier, un rassemblement Civitas à eu lieu devant l’assemblée nationale, si Canal + y a consacré une minute pour dire que des députés ont été empêché de passer le cordon de police malgré leur grade (le policier est censé obéir aux députés) ils ont oublié de préciser que les députés voulaient aller parler à des gens qui faisaient une prière en pleine rue avec des enfants en bas âge.

Ainsi été tweeté :

Screenshot_2013-02-04-16-04-36

La photo fait froid dans le dos, l’enfant que l’ont voit a environ 5 ans, la personne qui a fait la photo expliquera qu’il a vu la mère l’agenouiller…

Outre le fait que l’on soit devant un lieu emblématique de la république Laïque, ce qui choque c’est de reprendre ce que je viens de vous dire en replaçant Civitas par des musulmans. Vous situez? Bien. Maintenant imaginez une prière de rue de musulmans qui ne soit du au fait d’une mosquée trop petite pour accueillir tout le monde mais juste une démonstration de présence. L’UMP se serait saisi sans attendre d’une telle histoire.

Critiquer ce genre de pratique est peut être un coup à se faire traiter par notre chère Christine Boutin de cathophobe, ce n’est pourtant pas le cas, il est juste dur de faire le constat que l’extrémisme religieux peut s’imposer jusque sur les marches de la république laïque, alors qu’ils étaient là pour empêcher le mariages des gens de même sexe et leur rendre impossible l’adoption au nom de l’intérêt de l’enfant, ces gens sans aucun scrupule, en pleine semaine font prier dans le froid un enfant sur le béton qui ne comprend sûrement même pas ce qui se joue. Si les droits de l’enfant c’est cela, je préférerais encore qu’ont en prive les miens, je préférerais l’idée d’un droit à l’enfant pour les homosexuelles qui entraînera le devoir d’aimer et de protéger sa progéniture.

Voyage en Homophobia

Il y a des dimanches, où l’absence de gueule de bois me donne envie de me balader dans Paris.
Hier, comme beaucoup de gens, j’ai pu voir ce défilé affligeant de réflexions douteuses. Je viens ici jouer les reporters-analystes en carton toujours plus noble que ce que je peux lire sur twitter ou facebook de la part de « bons citoyens ».
Commençons par le début. Je suis une demi-citoyenne. Moitié bonne mère, moitié nan. Cela dépendra de qui voudra bien de moi au long terme. Je suis une licorne, une dévergondée dégoûtante : une bisexuelle.
La première chose qui choque quand on arrive aux alentours du cortège ce dimanche 13 janvier, ce sont les enfants. Il fait très froid, très gris et il y a des enfants partout. Des petites choses qui ne savent même pas si elles sont hétéros, homos, zoophiles, fans de SM, ou abstinentes. Ils ne sont pas encore obsédés par le sexe contrairement à leurs parents pour qui la sexualité des autres semble un truc vachement important. Bel exemple pour la jeunesse, très petite jeunesse d’ailleurs, car les jeunes adultes (20/30 ans) il n’y en a pas des masses.
Image
désolée pour le flou hein…
Ils étaient très nombreux, c’est vrai. Beaucoup de trous dans la manif mais nombreux. Et cela s’explique facilement quand vous arrivez aux Invalides, des dizaines de cars viennent de toute la France, financés par l’association « la manif pour tous » donc on parle peu des financements. D’Invalides au pont de l’Alma, ils étaient partout. A ce moment-là, le calcul est simple : les pros viennent de Paris et de sa banlieue puisque leur voyage de la province n’est pas payé et donc ils sont moins nombreux. Il faut rendre à Jules ce qui appartient à César : le chiffre est facile quand on pioche sur la population nationale.
Image
 On mobilise grave à marchenoir ouz..ourz.. dans la province quoi.
Ce qui signifie donc, que si (et je vous jure qu’après 10 ans de militantisme, je sais apprécier le nombre de manifestants) par miracle ils étaient 1 million, cela signifie qu’ils sont 1 million sur l’ensemble de la France à penser cela. Les manifs Anti CPE mobilisaient plus, rien qu’en Île-de-France et pourtant à cette époque les dirigeants de l’UMP, soutiens de la manif pour tous, disaient que ce n’était pas à la rue de diriger. Sous Sarkozy, on nous expliquait qu’il avait été élu pour ses propositions par la majorité des français ; ceux qui manifestaient n’avaient plus aucun pouvoir sur les projets de loi. C’est drôle comme d’un coup l’argumentaire est considéré comme déplacé et sans fondements et le débat devenu une nécessité pour la démocratie.
Image
Frigide poète…parce qu’on fait faire aussi de la svt aux enfants.
Il est scandé dans les médias et réseaux sociaux que les manifestants veulent un débat. J’ai tenté d’en avoir, il n’y en a aucun. Hochements de tête et sourire bêtes quand je dis à un couple portant la pancarte « il n’y a pas d’ovule dans les testicules » (amis de la poésie bonsoir) que toute homosexuelle que je suis, j’ai eu le droit au lycée moi aussi à des cours de science naturelle. Et ma copine d’ajouter qu’elle est un futur médecin lesbienne et pourtant au fait de cette vérité troublante ! Messieurs, vous n’éjaculerai donc jamais un ovule, le mystère est résolu.
On trouve ainsi d’autres pancartes instructives telles que « made in papa et maman » et autres petites phrases montrant l’intérêt qu’ils portent à la vie sexuelle. La fameuse « touche pas à mon sexe » de Frigide Barjot me faisait penser quand même « aucune chance, jamais, même si on était les dernières survivantes de la colère de dieu sur la France pleine de pds ».
Toutes ces pancartes sont portées avec joie. Je vois quelques enfants qui pleurent (marcher dans le froid, ce n’est pas facile à 6 ans) mais les adultes sont globalement très souriants. J’ai alors compris que certains n’avaient même pas conscience de la violence qu’ils exerçaient à ce moment-là. Le débat en est venu à un point où l’on oublie que l’on parle de gens et de familles qui existent bel et bien et qui entendent un débat les mettant aux bancs de la société, les montrant comme déviants, anormaux, irresponsables et inapte à fonder une famille équilibrée (sans qu’il ne soit fait preuve de cette inaptitude). On oublie pourtant que non seulement les homos aussi sont « made in papa et maman » bien hétéro pour la grosse majorité et que des familles hétérosexuelles (parfois même catholiques) créent des enfants déséquilibrés, fragiles, psychotiques…. Je ne dis pas que ça n’arrivera jamais à un couple gay, je dis que c’est la vie.
Pendant mon périple qui ressemblait plus au chemin de croix, j’ai croisé deux maires UMP à qui j’ai voulu poser une question. Après qu’ils m’aient confirmé leur attachement à Frigide Barjot, j’ai demandé s’ils connaissaient son clip « Fais-moi l’amour avec deux doigts » et si ce genre d’humour était pour eux de bon goût et digne d’une l’hideuse (jeu de mot attention) d’un mouvement prônant une grande moralité. Ma réponse sera un « ho vous savez on n’est pas très internet nous ».
Malaise.
Avant de quitter la manifestation j’ai demandé à un membre de la croix rouge s’il y avait eu des blessés. On me répond que oui mais on semble gêné par ma question sur les circonstances. Concluez en ce que vous voulez mais sachez que je n’ai jamais vu une manif qui regroupait le GUD, le FNJ, la JI et la JN se finir autrement qu’avec une petite ratonnade bien de chez nous.
Mon calvaire s’arrêtera peu après cela. Pour reprendre sur le net… Sur facebook, on m’annoncera que l’homosexualité est une déviance au même titre que la zoophilie et que cela n’est pas homophobe… Et sur twitter, que si on légalise la PMA pour les lesbiennes autant légaliser le vol d’enfants et qu’il n’est pas homophobe de dire que l’homosexualité est une déviance. Cela dis peut être somme nous déviant mais on est nous aussi des enfants d’hétéros. Alors si les hétéros peuvent produire des gens déviants peut être que nous nous arriverons a avoir des enfants un peu plus équilibrés..
Quand je fais le bilan de tout cela hélas, ce n’est pas une envie de dialogue qui me vient mais bien une phrase vue sur une pancarte aux manifs pro : « je veux les mêmes droits que les hétéros, pas leur avis ». J’ai envie de ne plus payer les impôts qui servent à financer les services auxquels on me refuse l’accès comme l’éducation, les allocations familiales, ou qui permettent que l’on accepte de faire des abattements fiscaux aux couples qui ont choisi de se marier.

La prostitution en règles de droits

Rappel du droit aujourd’hui :L’article 1128 du code civil français dispose que seuls peuvent être l’objet de contrats les choses qui sont dans le commerce. De cette façon, on englobe des éléments plus importants que si simplement la licéité était demandée. L’indisponibilité du corps rend alors impossible sa vente, entière ou partie, ainsi que sa location.

Je traduis.
Je vous avais déjà expliqué que tout est un contrat. Le moindre de vos achats est un contrat. Seules les choses dans le commerce peuvent faire l’objet d’un contrat, cela veut dire que non seulement l’objet du contrat doit être légal, mais en plus sa commercialisation doit l’être également. Je vous illustre ça : faire un don de sang est légal, vendre ses affaires ou sa force de travail est légal, mais vendre son sang est illégal.Je n’irai pas plus dans la technique, mais mon but est de rester dans le domaine « corporel ». Autant que le sang, on ne peut pas vendre ses organes. C’est ce qu’on appelle l’indisponibilité du corps humain. Il se pose un débat depuis quelques années, un débat que certains voisins européens ont réglé depuis un moment. Ainsi, si en Suède la prostitution est illégale et les clients pénalisés, l’Allemagne et la Belgique l’ont dépénalisé, comme la Hollande en autorisant la création de maisons closes.Le « problème » en France est le suivant : quelque soit la façon de voir légalement le « contrat de prostitution », l’objet sera le corps humain. Toujours indisponible. Cependant, il y a un non-sens juridique quelque part : au final, s’il y a un échange, le client ne dispose pas complètement du corps de la personne qui se prostitue, il ne peut pas en faire ce qu’il veut mais bien ce qui est convenu entre eux. Il ne reste donc comme réelle interdiction dans ce domaine que celle de ne pas pratiquer le proxénétisme, ce qui pourrait être une bonne chose si cela empêchait seulement les proxénètes de profiter du travail des autres. Cependant cette interdiction s’applique à toute personne majeure profitant de l’argent de la prostitution: un mari, un(e) petit(e) ami(e), un « enfant » étudiant à l’université grâce à cela, etc. De nombreux juristes vous diront alors que la véritable question de la prostitution est morale. On souhaite interdire car l’idée de vendre du plaisir ne correspond pas à la morale en place.
Et depuis quelques années une mouvance est née : celle des abolitionnistes. Des associations, rarement constituées d’anciennes prostituées mais plutôt de moralisateurs, de « féministes » disant que si une femme peut disposer de son corps elle ne peut avoir le choix de le vendre. Pourtant, on retrouve beaucoup d’associations aujourd’hui, comme « Les putes » ou le STRASS (Syndicat du TRavail Sexuel) qui souhaitent une mise en place légale de leur travail.

Pourquoi cela ? Pour éviter ce que présentent les abolitionnistes comme super argument : les femmes qui n’ont pas fait le choix d’être là, celles qui sont surveillées par des macs violents et dangereux doivent avoir une protection, doivent pouvoir sortir du système sans risquer le passage à tabac, le viol, les menaces….

Vous l’aurez compris, mon parti est pris, celui de la liberté de chacun ET chacune de disposer de son corps. D’avoir la possibilité de faire ou de ne pas faire. Et pour cela, le texte qui vient d’être proposé à l’assemblée par ces associations et une mission de deux députés visant à affirmer la position abolitionniste de l’état français par exemple, ne peut être en accord avec cela.

Si la prostitution n’est pas toujours un choix, elle ne doit pas être criminalisée, renforçant les mauvaises conditions de travail de ceux et celles qui sont déjà bien dans la merde. Les réseaux abolitionnistes n’ont surement plus aucuns liens avec la réalité de la prostitution en France mais ils nous rappellent à tous que finalement, la possibilité de disposer totalement de son corps en France (surtout pour une femme) n’est envisageable que dans la mesure ou l’on respecte des « valeurs morales » particulières.

 

Remember…

Il y a une dizaine de jours on commémorait ce qu’on a appelé « les événements du 17 octobre 1961 ».

Certains ont également appelé ces évènements « le massacre du 17 octobre 1961 » et je suis sûre qu’on peut encore trouver bien des noms.
A la maison on se contentait de la date, d’un descriptif. « Massacre » c’est ce qui revenait le plus souvent.
Et en y réfléchissant bien, étant gamine c’était plus « la manif où papa a eu beaucoup de chance ». Parce que oui papa y était. On en a parlé. De l’horreur de ces gens prenant des coups de matraque sur la tête avant d’être précipités dans la Seine, des lignes de CRS qui filtraient les « gens bronzés » qui étaient venu dire qu’ils ne voulaient pas être traités comme des citoyens de seconde zone, des animaux parqués la nuit. Aidé des harkis, les contrôles s’intensifiaient depuis des semaines, toujours plus violents. Une imagination sans borne, pas même celle du coût de l’électricité.

Et puis il y a eu cette idée, de dirigeants du FLN. Celle d’une manifestation pacifiste. « S’habiller dignement, pas une arme, pas un canif ». L’information commence à circuler la vieille au soir. Elle sera tellement bien relayée qu’en plus de plusieurs centaines (de milliers) d’algériens venus protester, on retrouvera un nombre important de policiers, de CRS, de gendarmes mobiles et de harkis.

Alors qu’ils arrêtent le cortège qui ne peut finir l’itinéraire prévu, papa à la bonne idée de traverser la ligne de CRS. Parce que papa est blanc comme un cachet d’aspirine du fait de ses origines berbères. Les représentants des forces de l’ordre le laissent passer. Il n’a pas l’air d’un béni-oui-oui et les Kabyles ne sont pas nombreux chez les harkis à scruter la foule pour dénoncer leurs compatriotes. Personne ce soir là pour le montrer du doigt afin qu’il soit embarqué dans un des bus réquisitionné pour l’occasion, envoyé au palais des sports de la porte de Versailles, de Vincennes ou encore le stade P. De Coubertin, torturé et finalement relâché quelques jours après s’ils n’étaient pas renvoyés dans des Camps en Algérie.

Algériens arrêtés et conduits dans les zones de retentions.

Aujourd’hui, papa passe son temps à dire qu’il a la poisse et ce n’est pas complètement faux. On peut même dire qu’il me l’a collé aussi.
Mais quand parfois la petite fille super fière de son super papa se réveille, je me dis qu’on ne fait que payer pour l’énorme chance de ce soir là et de deux trois autres. Et quand je baisse les yeux sur la Seine, je me dis que d’autres auraient aimés l’avoir aussi ce soir là de 1961.